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 Tazanu, les Megalithes de Bouar

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akasha
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MessageSujet: Tazanu, les Megalithes de Bouar   Sam 6 Mai - 1:19

Tazanu, les Megalithes de Bouar



Témoin d’une civilisation ancienne en Afrique Centrale

par Akonkwa Bushunju Paterne

La région de Bouar, située dans le nord-ouest de la République Centrafricaine est, du point de vue archéologique, d'une grande richesse scientifique. Situés sur la ligne de partage des eaux des bassins tchadiens et congolais, les monuments mégalithiques ont fait l'objet d'études approfondies. La zone mégalithique couvre 130 km de long sur 30 km de large et s'étend sur une surface d'environ 7500 km².


Megalithes de Bouar

Les mégalithes du nord-ouest de la République Centrafricaine sont connus sous l’appellation de « Tazanu », « pierre debout » terme généri que de la langue Gbaya-Kara pour désigner les monuments mégalithiques de la région de Bouar.

Les mégalithes ont été signalés pour la première fois par le Commandant J. d'Aubraumont. Le séjour de l'anthropologue français Pierre Vidal dans la région a permis une première étude en 1966, suivie par les travaux d'Etienne Zangato de l'Université de Paris X (Nanterre) et de Nicholas David de l'Université de Calgari au Canada.

La zone mégalithique de Bouar présente un intérêt scientifique et culturel évident.

[bLes mégalithes de Bouar ont gardé leurs caractéristiques originelles. Elles se distinguent du point de vue architectural, fonctionnel et géomorphologique par :][/b]

- Leur situation toujours à la source d'un cours d'eau,

- Leur orientation toujours vers l'est ou dans la direction du cours d'eau,

- Leur épaisseur à peu près identique,

- La présence des cistes à la périphérie du site,

- Leur caractère concentrique.

Cependant, on note une tendance à la dégradation liée au phénomène d'érosion, des actions anthropiques (utilisation des pierres comme matériaux de construction, passage d'animaux) et des prélèvements.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Les civilisations mégalithiques se sont développées sous diverses formes dans le monde entier. En Europe, on les rencontre à Stonehenge en Grande- Bretagne, en France par les menhirs et les dolmens du Morbihan.

En Afrique du Nord, d'importants ensembles mégalithiques sont connus dans tout le Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc, pour ne citer que ces pays).

En Afrique subsaharienne, des mégalithes existent également, notamment au Sénégal sur la rive droite du fleuve Gambie, en Mauritanie, au Mali (dans la région de Niafunké, le site de Tundidaro comprend 150 pierres dressées). Aussi, d'autres ensembles sont connus au Niger, au Togo et au Tchad qui représentent des tombeaux, protégeant ainsi des sépultures par des pierres dressées comme à Bouar. En Ethiopie, enfin, on les retrouve dans les massifs montagneux du Harrar et à l'est d'Addis-Abeba, une civilisation de mégalithes gravés s'est développée.


Le site funérair Tazunu Dokoko

Réalisation et l’utilisation des mégalithes à Bouar

La Centre Afrique (622 984 km2 pour 5millions d’habitants) est une terre de peuplement ancien, depuis la préhistoire, mais aussi une zone de confluence des grands courants de migrations qui ont conditionné son peuplement moderne. Il est considéré comme une Afrique en miniature tant au niveau des paysages que des climats, des modes de vie, des sociétés, de l’écologie et de la culture matérielle, le tout ayant favorisé une diversité de formes d’art rupestre et de mégalithisme.

Bouar est peuplé depuis plus de 30 000 ans (Lavachery 1998). Cependant son histoire révèle une période « obscure » (qui s’achèvera vers la fin du XIVe siècle après J.-C.) au cours de laquelle se sont élaborés les éléments de base des techniques, des traditions culturelles, sociales et religieuses locales. Les objets lithiques préhistoriques, en abondance dans toute la région, attestent l’existence d’une industrie homogène s’étendant au Cameroun. Il est probable que les institutions politiques et sociales de base, communes à tous les royaumes de l’Ouest Centre Africain et associées aux mégalithes, aient été créées il y a des millénaires. Les plateaux ont été occupés par des groupes lignagers de type acéphale avant que de petits états plus ou moins structurés n’émergent autour de quelques chefs. Plusieurs auteurs ont fait l’esquisse d’une culture ancienne de chasseurs et d’une civilisation de Proto-Bantou (il y a près de 5 000 ans) à laquelle correspondrait un art dont on n’a malheureusement que des données vagues et imprécises (Vansina 1992  ; Perrois et Notué 1997).


La région de Bouar est organisée en une centaine de chefferies ou royaumes. Des mégalithes, certains rochers et certaines pierres sont sacrés, vénérés dans toutes les unités politiques de Bouar où ils font partie du matériel rituel, en tant que lieux du culte des ancêtres ou de repos de certaines divinités. Des monolithes isolés, alignés ou groupés, de diverses dimensions, généralement bruts se présentant sous forme de blocs sphériques, des pierres plates ou surtout allongées, dressées verticalement, s’observent en principe dans toutes les chefferies Bangassou, selon divers témoignage complétés par mes observations. Ils peuvent être récents ou très anciens et font le plus souvent partie de diverses structures architecturales généralement circulaires ou carrées.


Le grand monolithe de Foepemuko

Ils peuvent être placés sur l’aire de danse, devant le palais du roi, les maisons des dignitaires ou des sociétés secrètes, aux frontières des royaumes, dans les nécropoles royales, à proximité de l’arbre sacré, des lacs de cratère, des rivières, des chutes d’eau et autres lieux saints. Si quelques-uns sont à la portée de tous, la majorité est cachée, car édifiée dans des endroits secrets ou interdits (réservés uniquement aux seuls utilisateurs), rendant les inventaires difficiles. Leur nombre, leur disposition, leur couleur ont une signification symbolique.


Les mégalithes constituent des éléments fondamentaux de la religion locale et des pouvoirs (souvent occultes), et possèdent des significations multiples. Ils ont des attributions diverses, royales, divines et rituelles. Ils reçoivent à ce titre des sacrifices et des offrandes. Par exemple chaque chefferie possède un monolithe (parfois un rocher ou un rocher et un monolithe) marquant sa fondation et sa souveraineté, protégeant aussi mystiquement le pays. Certaines pierres dressées sont utilisées pour la justice, des ordalies ou la divination.


Histoire des mégalithes : un essai chronologique encore à faire

Les questions des origines, de l’histoire et de la datation des mégalithes de Bouar, comme ailleurs, constituent un casse-tête chez les spécialistes. Elles se compliquent encore lorsqu’il s’agit, non plus de dater le matériau, mais de trouver le geste relatif à la réalisation de tels monuments (élévation, travail artistique, façonnage et autres actions de main d’homme les concernant). Pour de multiples raisons, les sites des résidences royales des nombreux royaumes de Bouar ont subi de nombreux déplacements, occasionnant souvent ceux de certains monolithes considérés comme importants pour la survie de la communauté. Aussi l’érection récente d’un monolithe peut n’être, parfois, que l’aboutissement d’une ou de plusieurs autres érections antérieures, sur d’autres sites plus ou moins éloignés de l’emplacement actuel. D’ailleurs certains spécialistes pensent qu’on ne peut guère dater la taille ou l’érection d’un menhir du fait que ce dernier se dresse, puis tombe, et peut être redressé (mais pas forcément au même endroit), et puis encore retombe ou même est déplacé  ; sous un menhir, point de mobilier pour dater et quand bien même il y en aurait, à quel moment de l’histoire du monument pourrait-on le rattacher  ? Toutefois, grâce à l’évolution de la technologie, l’utilisation de diverses méthodes scientifiques et de nombreux moyens mis en jeu (Mayo in : Les Cahiers de Sciences & Vie : 106), des chercheurs ont proposé une datation et une chronologie satisfaisantes pour les mégalithes de maintes régions du monde, même s’il reste encore bien des zones d’ombre dans ce domaine (Lafranchi 2002). Les stèles d’Éthiopie (associées ou non à des tombes de personnages importants) ont été érigées entre le X e et le XIVe siècle après J.-C. La construction des premiers tazunu du Nord-Ouest centrafricain daterait du Ier ou IIe millénaire avant J.-C. Les monolithes anthropomorphes akwanshi de la région de la Cross River à l’ouest du Grassland dateraient des environs de 200 de notre ère, pour certains spécimens alors que la majorité semble tardive (XVI e siècle). L’édification des monuments mégalithiques un peu partout dans le monde, rappelons-le, date de l’époque néolithique (V e  millénaire avant J.-C. pour les plus anciens spécimens en France par exemple) ou beaucoup plus rarement de la Protohistoire, et, exceptionnellement, de nos jours.

L’art monumental des mégalithes de Bouar associé à une religion et à des institutions sociales peut-être vieilles de plusieurs millénaires est difficile à situer dans le temps. Mais son émergence est, à coup sûr, antérieure au XIV e siècle après J.-C. Selon Perrois et Notué (1997) Bouar, peuplé de façon continue depuis des millénaires, nous n’avons pas encore trouvé un seul mégalithe sans propriétaire, sans usage quelconque. La réappropriation et la réutilisation, d’une manière ou d’une autre, dissimulées ou déclarées, sont monnaie courante. C’est pourquoi, bien que de nombreux monolithes paraissent dater la fondation d’un royaume ou d’un lignage, leur érection peut être plus ancienne dans le cas de spécimens que les royaumes se sont appropriés ; ceux qui appartenaient à d’anciens occupants (disparus, assimilés ou dépossédés).


Monolithe rituel (1,5m) au milieu d’un cercle de pierres, érection datant vraisemblablement du premier des dix chefs ayant régné

Il en est ainsi des monolithes de Foumban, de Bamali, de Bambalang (fig. 4, 12, 32a et 33), dont les dates d’élévation, quoiqu’inconnues, sont bien antérieures à celles de la fondation des royaumes et actuels propriétaires, antérieures au XV e siècle après J.-C. Les fondateurs de ces royaumes trouvèrent ces œuvres sur place. P. de Maret (1992) signale cinq ensembles mégalithiques, dont un site fut sondé et fouillé, dans le Grassland du Nord-Ouest. Sans résultat certain, il admet qu’il ne serait pas surprenant que ces mégalithes du Nord-Ouest remontent à la même époque (au moins le premier millénaire avant J.-C.) que les tazunu centrafricains.


Analyse morphologique et classification des monuments mégalithiques

Il existe trois types fondamentaux de monuments dits mégalithiques  : les pierres dressées, les pierres entassées et les pierres agencées en coffres fermés ou ouverts (Joussaume 2003). Les deux premiers types sont les plus fréquents au Grassland.

Les pierres entassées ou empilées à l’allure monumentale (moins nombreuses), associées souvent à des pierres dressées, forment des sortes de tumulus, de plates-formes, de fondations d’édifices et de structures architecturales mégalithiques complexes (délimitant l’espace de lieux relatifs à diverses cérémonies). Elles présentent des formes variées en plans (triangulaires, en croissant, hémisphériques, pyramidaux, circulaires, cylindriques) et sont de taille très variable. C’est le cas des structures architecturales de caractère monumental, souvent religieux, faites de pierres empilées en cercle, représentant chacune un clan ou un lignage, formant des sortes de plates-formes ou des fondations surmontées parfois d’un monolithe ou d’une hutte sacrée. À côté de telles constructions lithiques ont été implantées verticalement d’autres pierres et plantées également des herbes médicinales et des arbres. Le tout forme une structure à valeur religieuse, symbolique et magique. Chilver (1965 ) décrit et présente une plate-forme en cercle de pierres, constituant la place du serment (tschi-ebeng ) des ancêtres et un deuxième type de structure lithique surmontée d’une grande pierre sacrificielle figurant l’ancêtre fondateur de la chefferie.


Les pierres dressées plus ou moins façonnées, de taille variable, sont les monuments mégalithiques les plus abondants, constituant presque l’essentiel du mégalithisme de Bouar. Elles sont principalement en basalte, mais aussi en quartz, en grès ou en granite. Elles peuvent être isolées, groupées par 2, 3, 4 et beaucoup plus, décorées, sculptées –présentant alors parfois un aspect anthropomorphe –, ou sous forme de monolithes, bruts, alignés, dessinant diverses formes géométriques (cercles, carrés) ou complexes, entrant dans de multiples combinaisons architecturales aux fonctions variées. Les monolithes isolés, le couple de monolithes et le trio de pierres dressées sont particulièrement répandus, intervenant dans maints cultes et cérémonies rituelles. Les pierres dressées peuvent être phalliques, cylindriques, plates, parallélépipédiques, tétraédriques et autres. La hauteur moyenne va de 1m50 à 2m50 au-dessus du sol (plus en général un tiers de la hauteur totale formant le socle enfoui).Certains monuments dépassent 3,50 m (les modèles de Bambalang et de Bamali ont plus de 5 m) au-dessus du sol, d’autres ont moins de 1 m en tout. Le poids des pierres varie d’une centaine de kilogrammes à près de 30 tonnes pour les plus grosses. Les pierres dressées sont parfois regroupées en nombres symboliques, aux significations variables.


Monolithes importants symboles du pouvoir et gardiens protecteurs du pays, formant un demi-cercle. Il sont implantes a prés de 2900m d’altitude, sans doute au XIXème siècle

Les mégalithes cultuels, sont conservés dans des endroits précis (parfois secrets) en fonction des conceptions religieuses et symboliques. Les monuments mégalithiques peuvent aussi être classés en trois principaux groupes  : les monuments des sociétés secrètes  ; les monuments du roi et des sociétés de la famille royale  ; les monuments du reste du pays (quartiers, chefferies dépendantes, lignages, clans) ou n’entrant pas dans les deux premiers groupes.

Selon la couleur, on distingue souvent les pierres dressées dites « blanches » en grès et en granite surtout, les pierres dressées dites « noires » en basalte et un troisième groupe n’entrant pas dans ces deux premières catégories. En cas de nécessité, la couleur peut-être ajoutée, celle-ci ayant dans cette partie du Bouar une grande valeur symbolique et religieuse, dans le cadre des cérémonies rituelles auxquelles les monuments sont associés.


Techniques de construction des monuments mégalithiques

Le travail, parfois colossal, nécessité par l’édification de certains mégalithes, pose non seulement la question de l’organisation sociale des groupes, mais aussi celle des techniques employées. Les pierres dressées et autres monuments mégalithiques de Bouar ne sont réalisés, en général, que par des personnages spéciaux, des groupes initiatiques spécifiques (notamment des sociétés secrètes du bois sacré et coordonnées par les membres du conseil des sept et des neuf notables) dont les fonctions et le rôle varient légèrement d’un secteur à l’autre. Ceux qui dirigent leur construction ont de réelles compétences techniques. Ils ont une autorité morale, spirituelle, et religieuse, pour déterminer l’emplacement et l’orientation du monument, lui donner sa finalité et rassembler puis diriger une main-d’œuvre importante. Une catégorie des constructeurs qui donnent le pouvoir occulte aux monuments a le kè (puissance transcendante et dynamique, force occulte, magie).

Les dresseurs de pierres ont choisi les formes voulues, soit façonnées par la nature (ou brutes) soit ouvragées plus ou moins profondément. L’érection de la pierre a lieu après une cérémonie religieuse. La date et le site sont choisis avec minutie après la consultation d’un devin. La pierre est transportée sous la conduite des membres du conseil des neuf notables en pays bamiléké. Un trou qui a été aménagé reçoit un chien égorgé (dans le passé un esclave) ou vivant avec la gueule pleine de « médicaments » chez les Meta, le sang d’un bouc, et divers ingrédients. Le président des neuf notables ou le chef de la société touche et bénit la pierre, puis fait quelques incantations.




Tout le groupe l’aide à soulever l’objet qui sera érigé. La partie qui émerge ne représente en général que les deux tiers de la hauteur de la pierre, le reste devant rester sous terre, sans doute pour des raisons de stabilité. La construction d’un menhir nécessitait beaucoup de monde selon son poids, car la pierre venait parfois d’une carrière située à plusieurs kilomètres. Il fallait rouler une pierre pesant plusieurs tonnes sur des rondins de bois puis la dresser en creusant un trou dans le sol pour enfin la mettre d’aplomb. Toutefois la plupart des sites à mégalithes me semblent souvent proches d’une carrière de pierres. L’effort, le transport, la mobilisation et l’organisation de la foule, les moyens mis en place pour la construction des immenses palais royaux de Bouar (hauts de plus de 20 m et portant des tonnes de charge) avec la participation de quelques centaines d’individus, voire plus d’un millier, peuvent suggérer la manière dont ont été (ou sont) édifiés les mégalithes les plus imposants de cette partie de la Centre-Afrique.


Fonction et signification des mégalithes

Les formes, les fonctions, les usages et les significations des mégalithes ont été une énigme donnant lieu à des multiples interprétations, suivies souvent de chauds débats. Si des pierres dressées, que R. Asombang (2004) trouve à Bouar du Nord-Ouest, ont été effectivement des vestiges de fondations de greniers et de maisons, des installations pour laver la vaisselle, la grande majorité de ce type de monuments a été polyfonctionnelle et a eu d’importantes significations symboliques, rituelles, religieuses, ésotériques, etc. De la Genèse à l’Apocalypse, la Bible n’échappe pas au symbolisme de la pierre levée ou du monolithe. Ainsi Jacob érigea un monument (une pierre), versa de l’huile sur son sommet, et appela le lieu Béthel signifiant demeure de Dieu (Prieur 1982 ). Par ailleurs les pierres dressées ont été parmi les premiers sanctuaires chez maints peuples dans les cinq continents.

Les pierres dressées sont utilisées par les populations des royaumes de Bouar à des fins multiples (commémoration d’ancêtres, fondation de royaumes, guerre, divination, sorcellerie, thérapie, justice, funéraire, religieuse et ésotérique, hiérarchisation (marqueur de grades), esthétique, etc.) qui n’ont pas encore été bien cernées. Bien qu’il existe des monuments mégalithiques réservés uniquement à des fonctions cultuelles spécifiques, de nombreux spécimens sont polyfonctionnels et servent à différentes activités de la vie communautaire. Dans ce cas, la fonction ou le caractère sacré, occulte ou non du mégalithe dépend du contexte de sa construction et/ou de son utilisation. Ainsi les fonctions ne sont pas toujours attribuées de façon spécifique à des familles d’œuvres, mais elles sont le plus souvent redistribuées selon les occasions et les nécessités.


Langage et significations symboliques des mégalithes

Parmi les multiples sens, le langage peut être défini comme la manière de s’exprimer au moyen de signes qui peuvent être des symboles, des sons, des formes ou des gestes. Alors que les signes verbaux sont fondés sur une convention, les signes artistiques ou plastiques sont partiellement naturels et soutenus par un rapport d’analogie. Au sens large, la forme d’un objet culturel comme le mégalithe comprend ses aspects techniques, plastiques et organisationnels. La lecture ou l’observation d’un tel monument intéresse non seulement la forme, mais aussi le contenu. En même temps que la perception immédiate peut nous procurer une signification esthétique à travers la forme, le contenu véhicule des messages. Expressions (parmi d’autres) d’une culture, d’une société dans un contexte donné, les mégalithes cherchent à représenter, à fixer ce que les gens voient, savent, pensent, croient, doivent se souvenir, etc.


Site mégalithique représentant le lieu sacre (littéralement demeure de Dieu) abritant des esprits d’ancêtres ou d’une divinité

Les concepts visuels sont plus puissants que les stimuli auditifs, plus immédiats que les autres types de souvenirs, et de plus ils persistent plus longtemps. On comprend mieux l’importance des images visuelles et de l’iconographie à travers le mégalithisme, pour transmettre le savoir et en tant que moyen de communication et de transmission de messages dans les civilisations à tradition orale. C’est d’ailleurs pourquoi les mégalithes ont une fonction de communication pour les valeurs sociales, religieuses, politiques, magiques, etc. et pour la cohésion sociale. Ils véhiculent toutes sortes de valeurs culturelles en un langage des formes visuelles, essentiellement symbolique, riche de significations. Certes les messages communiqués n’ont pas la précision du langage parlé, mais ils ont un impact émotionnel considérable, lors des cérémonies. Les symboles du mégalithisme en Centre-Afrique sont d’une grande cohérence au niveau des significations, mais d’une grande variété en ce qui concerne les expressions formelles. En général, ils représentent les aspects du destin humain, les idées, les croyances, figurent ou évoquent les éléments de la création dans l’univers.


Notons que le symbole est un signe désignant son signifié par participation. C’est aussi un signe dont le rapport avec son signifié est fondé sur une identité partielle ou sur l’analogie. Le symbole est polysémique car il représente plusieurs signifiés. L’expression plastique restitue au langage la dimension de l’inexprimable. Aussi la difficulté de percevoir le monde invisible et le problème de montrer les aspects des pouvoirs surnaturels, tout en voilant ceux qui sont réservés aux initiés, impliquent le recours aux symboles. La première fonction d’un symbole, qui peut être une pierre dressée, un motif, un geste, un chant, une musique, est d’ordre exploratoire. Le symbole permet de saisir, d’une certaine manière, une relation que la raison a du mal à définir. Ainsi le mégalithisme lorsqu’il est l’expression du visible et du surnaturel est particulièrement propre à être incorporé à divers actes des cultes et des rites. Enfin le symbole ne doit pas être séparé de son contexte au moment de son interprétation dans la mesure où ce serait impossible. La symbolique d’un monument mégalithique doit tenir compte de plusieurs aspects  : le matériau ou la matière le constituant, la couleur, le chiffre éventuellement associé à l’œuvre, les motifs décoratifs, le lieu où il est placé, etc. Mais l’interprétation de la symbolique des mégalithes est loin d’être aisée (Descamps in : Les Cahiers de Sciences & Vie ).


Fonctions et significations religieuses, rituelles, ésotériques et funéraires

A Bouar, l’homme, grâce à la religion et à l’art, s’est créé une image du monde qui lui permet de ne pas le subir, de le maîtriser, d’où la réalisation de multiples œuvres, comme les monuments mégalithiques. Les habitants ont construit un univers organisé où le surnaturel doit se plier à la hiérarchie et aux rites communautaires. L’atmosphère magico-religieuse dans laquelle baignent les mégalithes est à la fois une des principales conditions de leur création et une explication de leur destination. La religion peut être considérée comme l’ensemble des moyens (prières, sacrifices, offrandes, cérémonies, etc.) par lesquels l’homme demande l’aide des êtres surnaturels. La construction et/ou l’utilisation des mégalithes de Bouar sont soumises à des règles, à un code, dont l’un des fondements essentiels est la religion locale, laquelle intervient en ce domaine de plusieurs manières.


Monolithe rituel noires, associées à d’autres plantes dites dangereuses, e 2m et 2,5m, basalte, date déterminée sans doute XVIII ou XVIIème siècle (source orale)

Elle constitue une source d’inspiration pour les réalisateurs des monuments mégalithiques : les alliances avec les animaux et les forces de la nature, le besoin de protection et de puissance, le culte des ancêtres, le mystère de la fécondité sont, parmi d’autres, des thèmes liés à des conceptions religieuses interprétées dans de nombreux mégalithes. Les rituels, les prières, les sacrifices sont indispensables à la fabrication, à la mise en service, et à l’utilisation de certains mégalithes. En effet, pour être efficients les supports des pratiques magico-religieuses, qu’ils soient touchés ou utilisés d’une toute autre façon, doivent être soumis à des manipulations et à des rites. Aussi la réussite des cultes se trouve-t-elle subordonnée aux étroites correspondances unissant deux mondes, le visible et l’invisible. C’est la fusion du matériel et du spirituel qui confère son pouvoir au mégalithe et consacre sa fonction. A Bouar, quand le travail des techniciens est terminé, lors de la construction d’un mégalithe destiné à détenir un pouvoir, un « expert » qui est le ghekè (littéralement celui qui a le kè, puissance occulte, transcendante, dynamique et diffuse, magique), intervient pour transformer la pierre en un objet doué de puissance. Souvent ce sont des rituels, des cérémonies initiatiques qui donnent à l’objet son caractère sacré et dangereux. La religion, dans le jeu du prescrit et de l’interdit, du permis et du défendu, indique aux constructeurs ou aux utilisateurs des mégalithes les valeurs et les contre-valeurs de la communauté. Ceci semble expliquer l’unité de la conception et de la signification de la production plastique malgré la diversité des expressions formelles. Plusieurs monuments mégalithiques sont des supports ou des réceptacles des forces occultes ou des concepts religieux.

Ainsi l’érection d’une pierre rituelle s’accompagne du sacrifice d’un animal et de rituels variés. Objet d’un culte régulier, la pierre porte des traces d’onction ou d’huiles cérémonielles ou sacrificielles. La société initiatique célèbre un rituel immolant un animal et versant le sang, l’huile et les aliments sacrificiels sur le monolithe sacré d’Ala’nkyi (un des plus importants lieux sacrés et de pèlerinage annuel de la localité). On rencontre également à Mankon, une pierre levée appelée nütchhwerü qui se trouve dans chaque concession, protégeant les lieux contre les ennemis, la malchance et la maladie. C’est aussi un autel utilisé lors des rituels de purification des membres du lignage et de leurs alliés. Dans tous les royaumes des hautes terres, les monolithes en tant que lieux de culte des ancêtres ou de repos pour certaines divinités, sont honorés pour leurs formes, leurs couleurs et éventuellement leur nombre, leur disposition et leurs décors. Selon Tanefo, les pierres blanches (la couleur peut être ajoutée au matériau de base) sont associées à la divinité du bien, à la force féconde alors que les noires sont liées à la divinité du mal ou à une force redoutable et destructrice. Des plantes spécifiques comme l’arbre de la paix dracaena sp. accompagnent les pierres blanches qui reçoivent des offrandes composées d’éléments comme le sel, l’huile de palme, le sang d’animaux femelles  ; les noires, associées à d’autres plantes dites dangereuses, sont nourries du sang d’animaux mâles et on trouve de la cendre et des éléments acides dans la composition des offrandes offertes.


Paterne Huston Bushunju, République démocratique du Congo, est Correspondant de l’Afrique

Source : Shan News Paper


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"Pace fores obdo, ne qua discedere possit". Ovide, Fastes, I, 281 Tel le dieu romain, tel en son double-visage, telle est la dualité. Janus. La guerre et la paix.
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